Prince des ténèbres de Rachel Caine

 

 

Titre : Prince des ténèbres

Auteur : Rachel Caine

Maison d’éditions : J’ai lu, collection « inédit »

Date de parution : 14 juin 2017

Nombre de pages : 448

Prix : 15€

ISBN : 978-2290103968

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Le résumé :

Au sein des maisons Montague et Capulet, un seul mot d’ordre : le pouvoir. Les hommes naissent pour combattre et meurent pour l’honneur. Leurs unions sont régies par l’argent. Les femmes, elles, sont une monnaie d’échange. Leur destin est écrit. Benvolio Montague, le cousin de Roméo, en est conscient et serait prêt à mourir pour sa lignée. Néanmoins, une étincelle de rébellion couve en lui. La nuit, il devient le prince des ténèbres : le plus grand bandit de Vérone, spécialiste des larcins chez les Capulet. Ce faisant, il pose un jour les yeux sur Rosaline, la soeur de Tybalt, promise au couvent. Dès lors, une terrible malédiction s’éveille, menaçant de réécrire l’histoire de Vérone et de ses habitants…

Mon avis :

Merci beaucoup à Charlotte et à la maison d’éditions J’ai lu pour ce partage !

Comme beaucoup de monde je pense, j’ai étudié la pièce Roméo et Juliette de William Shakespeare quand j’étais au lycée. Aussi, j’étais très curieuse de découvrir ce que pouvait donner une réécriture de cette oeuvre sous forme de roman.

Verdict? J’ai passé un bon moment de lecture, mais pas mal de choses m’ont titillée, même si certaines peuvent se justifier et possèdent leur utilité.

Tout d’abord, pour ce qui est de la toile de fond, l’auteure a choisi de faire évoluer le récit et les personnages dans le même cadre que l’histoire écrite par Shakespeare. Les noms, les lieux, les actions, sont scrupuleusement respectés, même si je ne sais plus si la sœur et la grand-mère de Benvolio, apparaissent dans l’histoire d’origine ou pas. En tout cas, pour ce qui est de l’environnement, on reste dans du Shakespeare, ce qui constitue à la fois la force et la faiblesse de ce roman, pour moi.

Rachel Caine, bien que très fidèle à Shakespeare, a décidé de centrer l’histoire sur le personnage de Benvolio Montaigue, le cousin de Roméo. De ce fait, même si la trame de l’histoire coïncide avec la pièce de théâtre, le point de vue n’est pas le même et le lecteur peut ainsi découvrir les personnages secondaires et  l’envers du décor, ce qui est très appréciable selon moi, car je ne suis pas fan de théâtre pour cette raison. Je suis assez insensible à cet art, car j’ai du mal à y croire. Pour moi, n’importe quelle histoire crédible sous forme de roman va perdre sa crédibilité sur les planches (format trop épuré et exagération des acteurs).  Avec ce roman, j’ai eu l’impression qu’une partie de l’histoire nous était enfin révélée, d’autant que le roman commence plusieurs mois avant le début de la pièce de Shakespeare.

Cependant, l’auteure est tellement restée focalisée sur la pièce d’origine, que l’on perd également quelque chose. Certains éléments auraient pu être modifiés (comme l’âge de Juliette qui est une pré-adolescente…ça c’est juste pas possible, je devine pourquoi ce choix, mais ça ne passe quand même pas pour moi), afin de moderniser davantage l’histoire et l’auteure avait toute son imagination pour s’exprimer tout en gardant les grandes étapes de l’histoire d’amour entre Roméo et Juliette. Comme l’histoire de base est assez « réduite » – je ne sais pas comment l’exprimer autrement -, il y avait matière pour faire plein de choses, surtout quand on constate après lecture le véritable enjeu du livre.

Pour ce qui est des personnages, il y en a deux qui se sont distingués dans ce roman. Le premier est Benvolio, le personnage principal et le second est Mercutio, l’ami de Roméo. J’ai vraiment apprécié découvrir le cousin de Roméo, présenté comme l’aîné et le jeune homme responsable et réfléchi du clan Montaigue. Si il a tendance à contrôler les ardeurs de son cousin et de son ami, il n’est reste pas moins (dans l’histoire de Rachel Caine) le prince des ténèbres, un voleur nocturne, le fléau des Capulet.

Mercutio est également un personnage qui m’a vraiment surprise. Il incarne le bon vivant, l’homme joyeux et désinvolte qui aime plaisanter et profiter de la vie. Même si une partie de sa personnalité est ainsi, l’auteure nous dévoile un autre aspect du personnage qui m’a plu et touchée. Très paradoxal, sous ses airs insouciants, il porte à lui seul une grande partie de l’intrigue. En cela, on voit que Rachel Caine a très bien exploité l’œuvre de Shakespeare et utilisé la moindre réplique significative pour son roman.

Ainsi, l’intrigue, la malédiction qui est mentionnée dans le résumé, est l’œuvre Rachel Caine, mais peut également être perçue comme l’idée de Shakespeare. L’ensemble met en avant le côté décalé et surréaliste de l’histoire d’amour entre Roméo et Juliette. J’ai eu l’impression de voir en cette histoire à la fois un éloge et une critique de la pièce de théâtre.  Éloge car cette histoire est devenue mythique et a influencé des générations d’auteurs et critique, car sur un coup de tête et un coup de foudre, deux jeunes gens vont bousculer tout un monde et briser des vies et des familles au nom d’un amour tout jeune et inconscient.

Cet aspect plus critique du livre est assez marqué, car Juliette apparaît très peu. Je crois même me souvenir que les premiers mots qu’elle prononce dans Prince des ténèbres sont ceux qu’elle dit avant de se suicider… L’âge de Juliette est également mis en avant à plusieurs reprises et il est souvent dit d’elle est une « gamine ». Elle nous apparaît donc comme étant assez fade et peu réfléchie et il en est de même pour Roméo. Fou amoureux de Rosaline Capulet, il tombe raide dingue de Juliette, une enfant qu’il a à peine aperçu lors d’une soirée. Véritable cœur d’artichaut, on le perçoit comme un jeune homme inconstant, coureur et bon vivant. Benvolio doit même à plusieurs reprises le sortir des ennuis  et a pour consigne de veiller à ce qu’il ne fasse pas de vague. Les portraits des deux amoureux dressés ici, font donc réfléchir quant à leur histoire. Ce qui était très intéressant.

Même si l’aspect critique est très bien venu après lecture, je sais que j’ai eu pas mal de difficultés à apprécier Roméo, qui est quand même très présent. J’ai également été très déçue par Juliette, qui est quasiment inexistante. Donc même si je comprends très bien l’idée de l’auteure, qui était très bonne pour la réflexion, d’un point de vue du divertissement j’ai levé plusieurs fois les yeux au ciel.

Le dernier point qui fait que je n’ai pas plus aimé ma lecture que cela, c’est la résolution finale de l’intrigue. J’ai trouvé qu’elle était trop rapide et un peu sortie de nulle-part. Ce qui a été pas mal frustrant.

Au final, l’idée de l’auteure était très bonne, mais j’ai trouvé que Rachel Caine n’est pas allée assez loin dans la réécriture de cette histoire, qu’elle n’a pas pris assez de liberté. Le déséquilibre entre les personnages a également fait ma lecture n’a pas été aussi agréable qu’elle aurait pu l’être. Même si j’ai adoré Benvolio et Mercitio, Roméo était insupportable et Juliette et Rosaline, pas assez présentes. Cependant, l’auteure pointes plusieurs choses du doigt, ce qui fait qu’une fois le livre refermé, on y réfléchit encore.

Et vous, avez-vous aimé Roméo et Juliette? Des réécritures à me proposer? Dites-moi tout !

Prenez soin de vous.

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