Bibliothèque et bibliophile, une histoire d’amour?

Aujourd’hui, j’ai décidé de rédiger un billet un petit peu spécial, puisque je vais vous parler livre et bibliothèque. Si vous ne le savez pas, je suis bibliothécaire de formation et travaille actuellement en bibliothèque universitaire. Cependant, que l’on travaille dans un établissement de lecture publique ou spécialisée, quand on est un lecteur maniaque, les pratiques peuvent nous hérisser le poil !

Heyyy oui ! Contrairement à ce que beaucoup pensent, la bibliothèque n’est pas le meilleur endroit du monde pour conserver les livres. Si il y a bien un endroit sur Terre où les ouvrages en pâtissent, c’est dans une bibliothèque !

En effet, le livre est notre instrument de travail. Outre le fait qu’il soit manipulé en permanence, et pas par des mains très attentionnées la plupart du temps, le personnel fait subir à l’ouvrage tout un ensemble de transformations avant qu’il n’arrive, frais et dispo, en rayon.

Une partie des missions que j’effectue à la bibliothèque universitaire consiste à effectuer ces transformations. Entre autre, il faut coter l’ouvrage, le munir d’un code-barre, l’estampiller (apposer le tampon de l’établissement), mettre un antivol – bah oui ! – , le recouvrir, etc.

Si ces transformations peuvent paraître bénignes, à long terme, ce n’est pas l’idéal. L’encre peut endommager le papier suivant son PH et le Filmolux (le filme plastique qui recouvre la couverture) jaunie à la lumière. Donc oui, les livres qui sont laissés en libre accès n’ont pas une durée de vie très longue si ils sont souvent consultés, mais quand on est maniaque avec ces bouquins, ça donne envie de s’arracher les cheveux… Pourtant, ces modifications sont nécessaires afin que l’ouvrage puisse être identifié, localisé et donc emprunté.

Chose qui hérisse également le poil, le fait que l’on doivent également faire subir ce genre de traitements (en fonction du document, évidemment) aux ouvrages n’étant pas en libre accès, situés en réserve ou en magasin. Devoir poser une côte sur un joli dos et tamponner de belles pages jaunies par le temps, c’est douloureux quand on est un amoureux des beaux livres… mais encore une fois, on n’a pas le choix.

Du coup, si on est bibliophile, travailler en bibliothèque n’est pas forcément l’idéal, d’autant que les livres sont quotidiennement « violentés ». D’une part les lecteurs n’en prennent pas soin (pas tous car certains usagers sont très respectueux),  d’autre part le personnel de la bibliothèque ne fait pas toujours attention : livres qui tombent d’un chariot ou d’une étagère, geste brusque, inattention… C’est malheureux, mais à force de manipuler des ouvrages, on devient moins précautionneux. Je ne jette la pierre à personne, moi la première, j’ai conscience de faire beaucoup moins attention aux ouvrages au travail. C’est malheureux…

Vous pouvez vous en douter, la mission première des bibliothèques, c’est la divulgation des contenus. Notre objectif, c’est de donner accès au savoir, quel-qu’il soit – oui, la fiction c’est du savoir, au même titre que les documentaires, les essais ou les publications universitaires. Et si tu n’es pas d’accord, on ne va pas être copain ! -, de garantir la pertinence des informations que l’on transmet (veille documentaire et gestion assidue des collections) et de promouvoir la culture grâce à la médiation, à l’organisation d’événements culturels et aux échanges avec les usagers.

Contrairement aux musées ou aux centres d’archives, excepté si l’établissement est pourvu d’une section patrimoine ou statut à part, les bibliothèques n’ont pas pour vocation la conservation des documents. Ainsi, même si on fait attention aux ouvrages  – on est quand même respectueux – on ne les prends pas avec des pincettes. Pour le coup, le livre en bibliothèque à une vie très mouvementée !

Après, ne vaut-il pas mieux avoir un livre abîmé ayant vécu et fait vivre milles et une aventures, qu’un livre neuf, emmuré derrière une vitrine? Question difficile à laquelle je suis incapable de répondre de façon tranchée. Et vous?

Prenez soin de vous.

12 thoughts on “Bibliothèque et bibliophile, une histoire d’amour?

    1. Oui ahah ! Parfois on tape des crises en voyant l’état des bouquins ou le manque de précaution prise de la part des gens. Si on est maniaque, il faut fuir ce métier !

  1. Article très intéressant 🙂 Je pense que je vivrais très mal de voir maltraiter les livres par les usagers au quotidien déjà que ça m’agace quand je vais à la bibliothèque…

    1. Merci beaucoup ^^ Je ne savais pas trop si il intéresserait, mais bon, je n’avais rien à perdre à tenter:)
      Oui, c’est très rageant, surtout quand les gens le font ouvertement. La dernière fois, une femme voulait reprendre l’exemplaire d’un bouquin qu’elle venait juste de me rendre « car j’ai fait des annotations dedans ». Donc là j’étais en mode « reste zeeeeen et essaye de lui faire comprendre gentiment qu’elle n’avait strictement pas le droit d’écrire dans les bouquins ». C’est une bataille sans fin !

      1. C’est fou comme comportement, mais u ne peux pas lui faire rembourser le livre quand c’est comme ça ? Je me souviens d’une bibliothécaire à Lyon qui avait voulu me faire rembourser un livre pour un coup de stylo sur la tranche que je n’avais même pas fait d’ailleurs…

        1. Oui trop ! Non on ne peut pas, le livre a été rendu… Donc on ne peut rien faire…
          Ah ouais??? Ils sont bizarre à Lyon O.o la femme devait être mal lunée? Parce que voilà, on ne peut pas prouver que telle ou telle personne à fait ça ou ça à un livre. Donc comme on n’ai pas sûr, on ne peut rien dire ! Là c’est différent car la femme a avoué, mais même dans ce cas là : le livre est rendu et consultable, donc elle passe au travers.

          1. Mais c’est de la folie, je crois que je deviendrais folle à ta place. Les bibliothèques lyonnaises et stéphanoises que je connais sont beaucoup plus sévères ou alors, ils outrepassent leurs droits. Un livre rendu abîmé est susceptible de donner lieu à remboursement, c’est clairement affiché comme l’obligation de vérifier nous-mêmes l’état avant emprunt, le dernier utilisateur étant considéré comme responsable de tout dégât. Et si ça me fait parfois râler, je trouve ça au final normal. Je souhaite en tout cas bon courage à l’amoureuse des livres que tu es 🙂

  2. Très intéressant article ! Tes photos sont belles, j’adore voir où tu travailles du coup ! 🙂 Pour ma part j’ai toujours aimé emprunter des livres à la bibliothèque même s’ils sont abimés, ça fait parti du charme je trouve ! ^^

    1. Coucou ! Merci beaucoup ! J’étais inspirée ahah ! Alors pour les photos, j’ai pris celles que j’avais faite en stage, donc ce n’est pas là que je travaille actuellement. Mais la BU c’est moins marrant qu’une médiathèque donc tant qu’à faire… Moi je dois avouer que je n’ai jamais été emprunteuse. Les rares fois où j’empruntais un livre, je le rendais des mois en retard. Le système n’est pas fait pour moi X’D

      1. Ah d’accord ! 🙂 Oui c’est sur que c’est moins attractif une bibli de BU vu que les ouvrages ne sont pas des romans xD !
        Oh moi j’emprunte toujours énormément l’été à la bibliothèque du village de mes parents ! Elle est vraiment bien fourni en YA ! J’ai toujours adoré emprunter des livres xD et si jamais j’adore ce que je lis je les achète 🙂

        1. Oui ahah. Après on a une section roman parfois. Chez nous, on a la section langue et littérature et également une salle plus « loisirs ». ^^ Mais j’avoue que les bibliothèques de lecture publique, c’est le top du top !
          Moi j’ai fait un ou deux emprunts quand j’étais petites, dans les bibliothèques de mes villages (j’ai pas mal déménagé), mais sans plus. J’aimais pas lire et j’étais toujours en retard !

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