Entretien avec Alizée Villemin, auteure de la saga fantasy Le silence des dragons

On se retrouve pour un nouvel entretien avec un auteur. Cette fois-ci, on change complètement de décor, avec l’univers fantasy d’Alizée Villemin. Souvenez-vous, il y a quelques mois je vous ai chroniqué le premier tome de la saga Le silence des dragons, qui avait été une très bonne lecture. Il est temps de découvrir l’auteure qui se cache derrière cette histoire !

*les photos utilisées pour cet article appartiennent à Alizée Villemin et ont été empruntées sur le site internet ou la page Facebook de l’auteure*

Alizée Villemin est une auteure trente-deux ans qui s’est lancée dans l’aventure de l’écriture en 2014. Elle écrit actuellement chez la maison d’éditions Lune Ecarlate, et possède plusieurs histoires à son actif.

Voir le site internet de l’auteure.

1. Contrairement aux apparences, j’ai détesté la lecture pendant longtemps. J’ai commencé à apprécier les romans grâce aux livres de l’imaginaire (davantage axés sur la romance). Du coup, je voulais savoir comment vous est venu le goût de la lecture? Est-ce que vous avez toujours été une grande lectrice, ou est-ce que cette passion est venue, comme pour moi, soudainement?

J’ai toujours été une grande lectrice. Lorsque j’ai appris à lire, en grande section je crois, je me suis mise à dévorer tout ce qui m’entourait. Mes livres, mais aussi le dictionnaire, les encyclopédies, les recueils de recettes de cuisine… Tout ! Du coup, mes parents et grand-parents ont fait en sorte d’alimenter ma bibliothèque avec assiduité. Ça n’a pas été difficile, ils sont eux-mêmes de grands lecteurs, et j’ai vite pu piocher dans leur stock personnel… Je pense que le fait de grandir dans des maisons aux murs couverts de livres de toute sorte m’a beaucoup influencée.

2. Beaucoup de personnes lisent sans franchir le cap de l’écriture. En fouillant, j’ai pu voir que vous aviez pas mal de projets et d’histoires à votre actif. Comment est-ce que cela s’est passé pour vous? Ecrire a-t-il toujours été une évidence?

Pas du tout ! Pour moi, écrire c’était réservé à des gens particulièrement intelligents, une espèce d’élite inaccessible. En y réfléchissant avec du recul, je pense que c’est parce que je ne lisais que de très grands noms (J.R.R. Tolkien, Anne McCaffrey, Frank Herbert, Terry Pratchett, entre autres). J’avais (et j’ai toujours) un immense respect pour eux, et n’aurais jamais songé à les égaler. Ce que je ne savais pas, c’est qu’il y avait à côté de ces géants des millions d’auteurs de toute sorte, et qu’il « suffisait » de le vouloir pour les rejoindre… Et puis maintenant, je sais que les géants eux-même ont grandi, commencé petit, ils ont appris leur métier comme tout le monde. Je n’avais eu un aperçu de leur travail qu’à un niveau prodigieux… Forcément, ça en impose.

Pour en revenir à moi, j’ai commencé à écrire en 2009, un mémoire d’archéologie, sur des tombes celtes et leur contenu. Passionnant, en tout cas pour moi, mais pas très funky, du coup au bout de quelques mois, j’ai eu besoin de m’aérer un peu les neurones. Je suis tombée par hasard sur un magazine de SFFF qui recrutait. Pour y entrer, il fallait écrire un court texte prouvant que l’on maîtrisait les codes de la Fantasy… Ainsi est née ma première nouvelle, Dragon Ronchon (que vous pouvez lire ici si le cœur vous en dit :

 http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/dragon-ronchon-1 ).

Et je ne me suis jamais arrêté 😉

short-edition.com
A lire en ligne gratuitement sur Short Edition : Dragon Ronchon par Alizée Villemin. Vous aimez ? Votez pour cette œuvre !

3. Pouvez-vous nous présenter brièvement vos histoires parues?

Oui bien sûr. Il y a Lady Falkenna (deux tomes parus, un troisième en cours), une saga steampunk fantastique avec une héroïne qui s’en prend plein la figure, râle souvent et retrousse ses manches pour affronter toute sorte de démons psychopathes (les pires étant les bienséants gentilshommes qui aimeraient la voir enfin rentrer dans le moule).

J’ai une seconde série en cours, Dracaenars, de la Fantasy colorée mettant en scène deux jeunes filles un peu têtues, des dragons qui auraient bien besoin d’une cure de vitamine D, et un tigre violet fluffy en diable. Le premier tome Le Silence des Dragons est paru en septembre 2016, d’autres sont en cours d’écriture.

4. Avez-vous d’autres idées d’écriture, ou des projets en cours?

Oui, une grosse douzaine. Sans rire ! Post-apocalyptique, fantasy, fantastique, science-fiction, bit-lit… à divers stade de progression. Je me force à finir mes séries en cours avant de les reprendre en main sérieusement, pour ne pas m’éparpiller. C’est très dur. Parfois je craque et j’écris quelques heures sur l’un de ces manuscrits, parce que l’histoire tourne dans ma tête avec trop de puissance… Mais j’essaye d’être sage.

5. Etre publié est quelque chose de très difficile aujourd’hui. Quel a été votre parcours ? Comment s’est déroulée la recherche d’un éditeur?

J’ai soumis Dragon Ronchon à un concours de nouvellistes, puis, en bon petit poisson rouge, j’ai oublié l’avoir fait. Des semaines plus tard, sur un éclair de lucidité, j’ai pensé à consulter le site à nouveau et me suis aperçue qu’il avait gagné les premières manches du tournoi ! Au final, il a même gagné… Une sacrée surprise pour moi ! J’ai découvert que les gens aimaient bien lire ce que j’écrivais, ça m’a boostée et dans la foulée, j’ai décidé d’envoyer le manuscrit sur lequel je travaillais à quelques maisons d’édition, au cas où… Et j’ai bien fait, puisque trois maisons différentes ont accepté ma petite « Lady Falkenna ». J’ai choisi celle qui me parlait le plus, Lune Ecarlate Editions, et c’est ainsi que j’ai mis le doigt dans l’engrenage et découvert l’univers très vaste de l’édition…

6. Tous les auteurs le diront, écrire est une activité très chronophage. Comment arrivez-vous à tout concilier?

Je n’y arrive pas. Clairement ! Je suis constamment en retard, et frustrée. J’ai des projets à profusion, mais un temps ridiculement réduit pour m’y pencher… Je suis aussi éleveur de chevaux, une autre activité très chronophage, et, encore bien plus prenant, maman de trois enfants dont un tout petit, je suis donc dans l’obligation d’alterner. Et comme je ne peux pas mettre ma famille ou les chevaux entre parenthèses, c’est souvent l’écriture qui en pâtit… Mais j’espère réussir bientôt à m’aménager de plus belles plages de temps d’écriture. On croise les doigts !

7. Votre genre de prédilection semble être la littérature de l’imaginaire, qui est très riche. Comptez-vous élargir vos horizons?

Oui et non… J’écris ce qui me vient. Ce sont les personnages qui s’imposent à moi, et quand je les imagine vivre j’en déduis leur univers. Je n’ai encore jamais fait la démarche inverse, en me disant : « tiens, et si j’écrivais de la… *insérez le type littéraire approprié* « . Peut-être que ça viendra un jour, peut-être pas… Nous verrons !

8. Pour en venir à l’ouvrage que vous m’avez fait découvrir Le silence des dragons T.1- Dracaenars. Votre livre m’a beaucoup fait penser à la saga Héritage de Christopher Paolini, une des histoires qui ont le plus marquées mon adolescence. Est-ce que les aventures d’Eragon et Saphira vous ont inspirée? D’autres histoires vous ont-elles donnée des idées?

J’ai lu Eragon lors de sa sortie (qui commence à dater, non? Ah oui, Google me dit 2002.). A l’époque je n’écrivais pas, et je n’avais pas tellement accroché à l’histoire, d’ailleurs je ne m’en souviens plus du tout. Donc je ne m’en suis pas inspirée directement. Néanmoins, je suis persuadée que tout ce que je lis se stocke quelque part et se fond dans mon imaginaire, que je l’ai apprécié ou non ; du coup il est tout à fait possible que ce livre m’ait inconsciemment influencé, tout comme des centaines de ses copains.

9. Malgré le fait que ce livre soit assez court, 180 pages pour le format papier, il se passe un grand nombre de choses. Comment faites-vous pour arriver à condenser votre histoire? Quelles sont les méthodes d’écritures que vous utilisez (un plan pré-établi ou une écriture plus spontanée?)? Aviez-vous une limite de pages à ne pas dépasser?

Ah ah, non, je ne condense pas, c’est juste un de mes traits de caractère, qui transparaît dans mon écriture : un petit côté fonceur et hyperactif que je ne peux pas renier. Je fais toujours mille choses à la fois, j’aime quand ça va vite, quand c’est intense, quand c’est nouveau. Les idées bouillonnent, j’ai beaucoup de mal à les contenir dans un plan (j’essaye quand même, pour éviter de me perdre en route), et ensuite à la correction je fais beaucoup d’élagage. Le défi des années à venir sera justement de ralentir un peu, de prendre plus le temps de savourer ; dans l’écriture comme dans la vie.

10. Dans ce premier tome, deux personnages ressortent davantage que les autres : Maëlys et Elenn. Ces deux jeunes filles sont à l’opposé l’une de l’autre, mais se complètent tout à fait. Dans la fantaisie pure et dure, comme ici, il me semble que les femmes sont rarement autant mise en avant (je ne suis pas du tout une spécialiste, car je m’y remets doucement). En général, c’est un jeune homme qui part à l’aventure, surtout quand les dragons s’en mêlent. Pourquoi cette volonté de mettre en avant des femmes fortes, émancipées et qui prennent leur destin en main (j’approuve totalement !)? Est-ce que c’est quelque chose que l’on trouve de façon récurrente dans  vos textes?

En effet, en Fantasy (et dans bien d’autres styles littéraires), les femmes sont souvent cantonnées à un rôle maternel (maman, infirmière, épouse gentille et souriante à sauver ou sacrifier, bref vous voyez le genre) ou bien à un rôle sexuel (la « récompense » du héros qui à bien bossé et peut culbuter la jolie blonde…). On décrit toujours les femmes par leur apparence (blonde comme les blés, lèvres carmins, courbes alléchantes, etc.) et les hommes par leur caractère (fort comme un bœuf, courageux, etc…). C’est quelque chose qui m’agace profondément dans mes lectures et, et que je refuse de reproduire dans mes romans. On est beaucoup plus que cela, nom de Zeus ! Du coup, oui, c’est un parti pris de mettre en avant des personnages féminins, et de les traiter comme je le ferais avec un personnage masculin, c’est-à-dire en me penchant sur leurs traits de caractère plutôt que leur cambrure l’arrondi de leurs fesses.

11. Le personnage d’Elenn m’a tout particulièrement marquée, car la jeune femme que l’on découvre au début du roman n’est pas vraiment le genre de personnage que l’on s’attend à rencontrer dans ce genre d’histoire. Pour autant, je trouve que beaucoup de lectrices peuvent se retrouver en elle. Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de travailler un tel personnage? Avez-vous été inspirée par une tierce personne ou un roman ?

Je suis profondément lassée de retrouver toujours les mêmes héros dans les romans. Toujours beaux, toujours bien coiffés, etc… Bah non, à mes yeux ce n’est pas crédible. Tout le monde n’est pas fabriqué dans le même moule, la diversité existe, et encore heureux, j’adore les brassages ! Du coup les personnages que j’ai en tête suivent cette ligne de conduite : toute sorte de gabarit, de couleur de peau, de sexe, de caractère… Je ne me force pas, ils m’apparaissent comme ça. Pour Elenn, on m’a beaucoup parlé de son surpoids en effet, cela a marqué les lecteurs ; pourtant, je ne me suis pas dit un matin, tiens, et si je créais un personnage enrobé pour telle ou telle raison ? Non, Elenn a cogné à la porte de ma cervelle, j’ai ouvert, et elle était là dans son intégrité ; manquant de confiance en elle, détestant son apparence physique, blessée par les moqueries d’un entourage psychorigide. J’ai connu, et connais encore, énormément de gens dans cette situation, malheureusement ; c’est d’eux dont je m’inspire.

12. Vu le contenu du premier tome, je suis très impatiente et curieuse de connaître la suite de votre histoire. Je n’arrive pas trop à savoir dans quelle direction vous allez aller et ma curiosité l’emporte. Maintenant que les bases sont posées, doit-on s’attendre à d’autres surprises et peut-on avoir quelques pistes, en savoir plus? Est-ce que d’autres personnages vont apparaître? Est-ce que l’équipe sera amenée à visiter d’autres lieux?

[Au passage, j’en profite pour vous dire que je ne m’attendais pas du tout à ce que le tome un finisse ainsi. Je ne pensais pas que vous seriez aussi sadique, aussi bien avec  vos personnages qu’avec les lecteurs.]

D’autres lieux, d’autres personnages, oui, mais pas trop. Le second tome creuse un peu plus l’univers, répond à quelques questions, en pose d’autres… Je ne peux pas vraiment en dire plus sans spoiler… vous verrez !

14. Enfin, auriez-vous des conseils à donner aux auteurs en herbe qui voudraient se lancer? Des astuces, d’écriture ou autres, à partager?

– Bossez ! Sans rire, c’est un sacré boulot, on ne l’imagine pas avant de publier son premier livre. Toute sorte de méthodes d’écriture circulent sur le web, vous pouvez vous en inspirer, mais le principal c’est de trouver ce qui fonctionne pour VOUS, peu importe ce qui est à la mode ou pas. On ne devient pas un virtuose du violon le jour où on s’inscrit à un cours de musique ; l’écriture, c’est pareil ! Plus vous écrirez, plus vous saurez comment écrire, vos points forts, vos points faibles. Bref, exercez-vous, améliorez-vous, tentez votre chance de temps en temps, mais surtout, continuez d’écrire. Le temps que les éditeurs lisent votre manuscrit et donnent leur avis dessus ( 6 mois, en général, eh oui, faut pas être pressé), vous serez déjà meilleurs que lorsque vous l’aurez envoyé, ça rendra les critiques plus faciles à entendre (il y a TOUJOURS des critiques, aucun texte n’est parfait. Même votre auteur favori re-bosse ses manuscrits avec une ou plusieurs personnes pour l’améliorer).

– Ne baissez pas les bras ! C’est difficile, et on doute beaucoup de nous. Même les grands auteurs doutent. C’est normal, ça fait partie du jeu. C’est parce qu’on doute qu’on cherche à s’améliorer, qu’on progresse. Imprimez ou notez quelques parts les avis positifs qu’on a fait sur vos textes ; lorsque vous aurez le moral dans les chaussettes, ressortez ces avis. Vous verrez, ça aide 😊

– Bossez le fond avant de bosser la forme, un correcteur pourra toujours éliminer quelques fautes d’orthographes, mais aucun éditeur ne publiera un texte plein d’incohérences.

– Ben alors, vous êtes toujours là ? Au boulot ! 😃

 ***

Je remercie infiniment Alizée, pour avoir pris le temps de répondre à mes questions et pour avoir accepté de jouer le jeu ! Je te souhaite une très belle continuation !

J’espère que la découverte d’un nouvel auteur vous aura fait plaisir. Je prends toujours beaucoup de plaisir à préparer et écrire ce genre d’article. Je trouve que c’est toujours une expérience très enrichissante !

Prenez soin de vous.

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