Entretien avec Cestdoncvrai, auteur de Melody huit ans, deux vampires et l’Apocalypse

Cela fait un moment que je n’ai pas publié de billet « Entretien avec… ». C’est une catégorie d’article que j’adore publier et je suis heureuse de vous proposez cet entretien aujourd’hui. Cette fois-ci, nous partons à la découverte d’un duo d’auteure Cestdoncvrai, Cloé et Tatiana.

Tatiana et Cloé !
*Les images utilisées dans cet article sont la propriété de Cloé et Tatiana, elles ont été empruntées sur leur site internet et leur page Facebook*

 

Cloé et Tatiana ont écrit plusieurs ouvrages regroupés sous le titre La fédération des Enchanteurs, dont Melody huit ans, deux vampires et l’Apocalypse est le premier tome paru en version papier. J’ai déjà chroniqué ce petit roman.

 

Melody a huit ans et elle adorerait pouvoir jouer sous la pluie. Juste une fois. Mais la pluie est acide. La pluie fait fondre les choses et les gens. La pluie, c’est un truc de grands. Même sa mère, qui est pourtant la sorcière la plus forte du village, la craint.

Alors que se passerait-il, si, un jour, l’averse ne cessait plus ?

Lire la chronique de Melody huit ans, deux vampires et l’Apocalypse.

 

 

Si vous souhaitez acheter cet ouvrage, n’hésitez pas à vous rendre sur le site de la boutique de Cloé et Tatiana.

Passons maintenant à l’entretien :

1. Pouvez-vous nous expliquez comment vous en êtes venu à créer sous le pseudo Cestdoncvrai? Quels sont vos parcours, comment vous êtes vous rencontré?

Ecrire est une activité qu’on fait en couple 😉

Nous sommes ensemble depuis plus de dix ans et on a recommencé à écrire à quatre mains il y a quatre ans. Au début, nous prenions simplement plaisir à nous partager des histoires et à construire un univers commun. Il y a deux ans, nous avons eu envie d’aller plus loin, de quitter un peu le confort de notre cocon : on a posté notre premier livre en ligne et, depuis, on s’applique à professionnaliser notre pratique de l’écriture, en plus de nos autres activités.

2. Quelles sont vos sources d’inspirations?

Les livres que l’on écrit s’inspirent de l’actualité et des problématiques de vie contemporaines. L’utilisation de la fantasy, d’un univers fantasmé, c’est un moyen comme un autre de se poser des questions et d’y proposer des réponses. 🙂

Sinon, en termes de livres qui ont pu, ou peuvent encore, nous inspirer, il y a bien sur Harry Potter qui a bercé notre enfance (on fait partie de la génération qui a grandi en même temps que les livres sortaient). En vrac, on peut aussi citer La Horde du Contrevent et la Zone du dehors de Damasio, Le Soldat Chaman et l’Assassin royal de Hobbs, Full Metal Alchimist le manga d’Hiromu Arakawa, Ravage de Barjavel, le Cercle inachevé de Paul O Williams.

Ce sont du moins ceux dont on a conscience de l’influence sur nos écrits 😉

3. Quelles lectrices êtes-vous?

Cloé : Je lis beaucoup moins qu’avant car j’ai beaucoup moins de transport en commun, mais je suis le genre de personne à me plonger complètement dans un livre, au point d’avoir du mal à penser à autre chose. Je peux faire des nuits blanches de lecture 🙂 Je suis aussi incapable de lire plusieurs livres en même temps…

Tatiana : Je lis aussi moins qu’avant. La Fac et les ¾ de tram pour y aller, c’était parfait pour dévorer des livres. Maintenant, c’est plus difficile. Mais j’aime beaucoup lire, j’essaye de me forcer à prendre le temps de lire. À chaque fois, je me demande pourquoi je ne le fais pas plus facilement. Je ne suis pas une lectrice compulsive, je sais prendre mon temps, mais il m’arrive aussi de lire très tard. Fun fact : un livre captivant peut rester des mois sur ma table de chevet, avec un bout de truc pour en retenir la page, avant que je ne daigne à l’ouvrir pour le terminer d’un coup.

4. Ecrire m’a toujours paru très complexe. Comment cela fonctionne concrètement d’écrire  et surtout d’écrire à quatre mains? Vous arrive-t-il d’avoir des idées et des envies différentes pour vos histoires? Comment faites-vous pour « gérer » l’autre et cohabiter dans l’écriture?

Arg, cette question est vraiment compliquée (et pour tout dire nous avons passé beaucoup de temps à y répondre, tout effacer, reprendre, raturer avant d’avoir une réponse… presque concise…)

Tout d’abord, l’univers de la Fédération est développé à quatre mains, mais surtout, à deux voix. On discute beaucoup et souvent autour du background, des personnages et des thèmes… Lorsqu’on écrit une histoire, on commence par en parler, par esquisser la trame, à l’oral (en général dans la voiture, sur un long trajet).

Ensuite tous nos livres ne sont pas écrits à quatre mains.

Pour certain, dont Melody, l’une de nous deux “showrun” l’histoire alors que l’autre la relit, l’annote, la commente ou reformule certains passages (on a nos petites spécialités, Tat’ est plus douée pour décrire le feu d’une action, Cloé s’amuse sur les descriptions…).

Pour d’autres, comme Les résistants, on travaille vraiment de concert avec pour principe : chacune nos personnages, on décrit leurs réactions à tour de rôle face à la situation qui se présente, puis on lisse le style, on relit, on corrige, on relit, un rejoue parfois une scène si elle manque de cohérence… Cloé a le “final cut” et décide lorsque le passage est bon… Et voilà.

On cohabite en discutant, on écrit en discutant… On n’est pas toujours d’accord, alors on discute encore, on négocie et on finit toujours par s’entendre. 😉

J’ai précisé qu’on discutait beaucoup ?

5. Comment vous est venue l’idée d’écrire votre série d’ouvrages compagnons, La Fédération des Enchanteurs ?

Tatiana : Ho ! Joli terme ! Une série d’ouvrage compagnon, j’aime beaucoup 🙂

Naola et Mattéo sont deux personnages qui sont nés sur un forum de RP, quand on était ados. On ne les croise pas du tout dans Melody, et pour cause, leurs aventures se déroulent quelque 300 ans après celle décrite dans la nouvelle. Les études et l’entrée dans la “vie active” ont fait qu’on les a laissés de côté un certain nombre d’années…  Il y a quatre ans, nous les avons finalement “repris” là où nous les avions laissés.

Leurs backgrounds ont évolué, le contexte avec, et ils se sont peu à peu éloigné de leur univers d’origine. D’autres personnages sont nés autour d’eux, avec de nouveaux concepts, de nouveaux environnements, de nouvelles problématiques.

La Fédération est née le jour où nous avons décidé de couper définitivement  les ponts avec l’ancien univers, de recréer de A à Z notre propre monde, et, surtout, de le diffuser.

L’idée est venue naturellement, comme si à force de jouer dans le petit bain, nos personnages s’étaient sentis capables de plonger dans le grand. Au départ, l’univers n’était qu’un prétexte à faire vivre des histoires aux personnages, mais très vite, on s’est rendu compte du potentiel infini que représentait la possibilité de concevoir un monde. On peut y mimer la réalité, comme une espèce de bac à sable dans lequel on lance des hypothèses, on pose des questions (de société, d’éthique, de morale, de politique…)  et on commence à réfléchir aux réponses.

6. Pourquoi avoir opté pour ce format-ci, des romans très courts, plutôt qu’une saga plus traditionnelle avec des tomes qui se suivent?

En vérité, seule Melody, huit ans deux vampires et l’apocalypse est un format très court, les autres livres vont crescendo, aussi bien en quantité de pages qu’en complexité de discours et d’écriture. Melody est une introduction à l’univers de la Fédération : avoir choisi le point de vue d’une enfant naïve et assez protégée pour ne presque rien connaître de l’histoire du monde qui l’entour permet d’esquisser certaines choses, sans trop s’étendre sur les détails.

Les livres suivants qui composent la Fédération des Enchanteurs peuvent être lus de façon relativement indépendante, mais ils s’entrecroisent : les personnages s’y rencontrent et évoluent sur la même toile de fond et chaque histoire vient ajouter un point de vue, développer une problématique, proposer une nouvelle narration. Ça permet une grande liberté d’un point de vue narratif. Là, on a quelque chose qui s’apparente au conte, mais rien n’empêche (et on ne s’en prive pas) d’écrire un roman initiatique, une oeuvre chorale, un journal… etc.

7. Dans Melody huit ans, deux vampires et l’Apocalypse, l’histoire est centrée sur Melody, une petite fille que j’ai personnellement adorée. Quand on lit le résumé de vos autres livres, Melody ne semble pas y être présente. Est-ce qu’on la retrouvera, elle et ses proches, dans d’autres livres? – oui, la fin de Melody est très frustrante ! -.

Haha ! C’est une grande question. On nous la pose régulièrement. Nos familles militent pour une suite avec insistance. 😉

Oui, on reverra Melody, mais elle n’aura plus huit ans.

Est-ce que Melody sera à nouveau le personnage principal d’une histoire ? C’est une question en suspens. À chaque livre son message. Si nous n’avons rien à dire de plus du point de vue de Melody, alors non, Melody ne sera plus le personnage principal d’une de nos fictions. Cela dit, Melody est en CC-BY-SA-NC. Rien ne vous empêche d’imaginer vos même une suite aux aventures de Melody 😉 Tenez-nous au courant 😀

8. Pouvez-vous nous décrire rapidement les deux autres livres déjà parus dans la série La Fédération des Enchanteurs?

Avec plaisir !

D’abord, il y a Les résistants, le livre par lequel nous avons commencé à travailler sérieusement. Ce livre est entièrement écrit à quatre mains et c’est aussi le tout premier que nous avons publié numériquement. C’est un roman “chorale” qui s’attache à suivre une demi-douzaine de personnages à une époque charnière de l’histoire de la Fédération. L’intrigue se déroule sur fond de guerres politiques, de résistance, de terrorisme… Difficile de savoir à qui faire confiance. Il n’y a pas vraiment de gentils ou de méchants.

Ensuite, il y a les deux tomes de Bienvenue au Mordret’s Pub, dont la publication en ligne a occupé une bonne partie de l’année 2016. C’est un roman initiatique beaucoup plus classique, on y suit le personnage de Naola, seize ans, qui fugue et fuit sa famille à la suite d’un événement dramatique. D’un environnement plutôt protégé, elle se retrouve livrée à elle-même dans la Capitale de la Fédération. Elle va être embauchée comme serveuse dans un bar tenu et fréquenté par des vampires. Une activité qui n’est pas sans risque… quoique les vampires ne soient peut-être pas la pire menace qui pèse sur elle…

9. J’ai tout particulièrement aimé les messages que vous véhiculez à travers l’histoire de Melody : l’importance de nos actes, la responsabilité, ou environnement. Est-ce que ces messages sont le point de départ à l’histoire ou est-ce qu’ils viennent se greffer au fur et à mesure de l’écriture? Avez-vous d’autres valeurs qui vous tiennent à cœur et que vous cherchez à transmettre dans les autres ouvrages que vous avez écrit?

Le point de départ d’une aventure est ce qui arrive au personnage, mais cela ne suffit pas à ce que l’on en fasse un livre. Pour que nous décidions d’écrire un roman ou une nouvelle, il faut que ce que nous racontons ait un sens, un message, un objectif. Ce peut être traité une problématique en particulier (par exemple, Bienvenue Au Mordret’s Pub aborde, entre autres, la question du transhumanisme, de l’esclavage, du passage vers l’âge adulte…) ou relater un épisode historique nécessaire à la compréhension de l’univers.

Le cas de Melody est particulier. Nous avons commencé par travailler sur le personnage adulte qui apparaît dans quelque un de nos prochains scénarios. Nous voulions illustrer ce que les sorciers appelleront, bien plus tard, les Cataclysmes, nous avons donc inventé une enfance à Melody pour raconter un évènement particulier : le cataclysme des pluies acides. Nous avions quelques prérequis, basés sur le personnage que deviendra la fillette : Melody est très puissante, Melody doit avoir l’habitude des pluies acides, Melody doit grandir d’un coup, Melody doit croiser des vampires, Melody doit être futée et débrouillarde. Melody doit rencontrer la Confrérie.

Parmi les autres valeurs et thèmes qui nous tiennent à coeur (que l’on ne retrouve pas forcément dans cette petite nouvelle mais qui sont ou seront clairement énoncées dans nos autres oeuvres) il y a entre autres : “le bien et le mal c’est très subjectif”,”La politique est l’affaire de tous et il serait temps de réfléchir à d’autres modèles”, “Il y a autant de façon d’aimer que de personnes sur terre”, “Où mène la peur de ce qui nous est étranger ?”, “Les terroristes sont-ils des résistants vaincus ?”, “Est-ce qu’une personne qui impose ses choix à tous est une bonne personne, si elle le fait en étant convaincu que c’est pour le plus grand bien ?” et, bien sûr, la trame de fond d’un monde post-apocalyptique qui entraîne un sous-texte nécessairement écologique.

10. D’ailleurs, combien de livres comprendra La Fédération des Enchanteurs?

Actuellement il y en a un de terminé (Melody), quatre en relecture/réécriture (Bienvenue au Mordret’s Pub tome 1 et tome 2, Les résistants et Confrérie)  et un en cours d’écriture (Les traitres) ce qui fait… six livres, plus ou moins indépendants les uns des autres 🙂

Mais si on s’écoute, la Fédération comptera… beaucoup d’histoires.

11. Avez-vous d’autres projets d’écriture en tête?

On a environ dix années de synopsis en tête, à développer sur l’univers. Je ne sais pas si on y parviendra, mais en termes de projets d’écritures, on est déjà bien occupées. 🙂

12. Comme vous me l’avez expliquez durant nos échanges, vous avez décidé d’opter pour l’auto-édition. Pouvez-nous nous expliquer ce choix et quel a été votre parcours dans la recherche de la publication? Auriez-vous des conseils pour les jeunes auteurs qui souhaitent voir naître une version physique de leur ouvrage? Quels sont les avantages et les inconvénients d’une telle pratique?

C’est une super question, car ce qui nous intéresse, dans l’aventure de Melody, c’est autant l’histoire dans le livre, que l’histoire du livre !

En avril dernier, lorsque la première publication en ligne de Melody s’est achevée, nous avons eu envie de pousser l’expérience plus loin… Cela faisait presque un an qu’on publiait sur internet, et nous avions envie de tenter quelque chose de plus concret. D’avoir du papier entre les mains. On en parlait beaucoup.Nos textes sont en licence Creative Commons, c’est-à-dire qu’ils peuvent, à minima, être diffusés librement. Nous travaillons beaucoup sur les plateformes d’écriture en ligne et les lecteurs qui nous suivent sont contributeurs de nos oeuvres. Quel genre de maison d’édition voudrait d’un texte que tout le monde peut se partager librement, et qui est disponible à plein d’endroits sur internet, sans avoir à verser le moindre denier ? Dans l’état actuel de l’édition, aucune.

Et ça nous chagrine, ça nous chagrine beaucoup car l’une comme l’autre, on pense que libérer la diffusion d’une oeuvre n’est pas forcément incompatible avec le fait de vendre une oeuvre. On a eu envie de le prouver. Ou en tout cas, de le tester.

Melody est parfait pour ça, c’est un petit livre qui ne coûte pas très cher à produire et qui, du coup, ne représente pas un très gros risque financier à faire corriger et imprimer, ni un trop gros temps de travail.

Pour ce qui est des conseils… on rédige une série d’articles pour relater notre expérience d’auto-édition et toutes les étapes de notre aventure y sont détaillées, je pense que le mieux est d’y jeter un oeil ou deux ;).

Pour être honnêtes, nous n’avons pas emprunté la voie la plus simple. Imprimer un stock et le vendre par soi-même nous a permis de tirer le prix du livre jusqu’à un prix qu’on estimait raisonnable pour un poche de 96 pages (4.5€), mais ça demande pas mal de logistique. Et en même temps, c’est très formateur.

Si j’avais un conseil… en fait, il ne s’applique pas seulement aux livres, mais à tous les projets dont on rêve.

Il faut oser se lancer. Oser tester, oser échouer, oser recommencer. Se fixer de petits objectifs, les atteindre à son rythme… et surtout, ne pas avoir peur de se tromper car c’est en testant et en se trompant qu’on apprend.

13. Dans on parle de publication. Voici une question dont il me tarde d’avoir la réponse : est-ce que les autres tomes compagnons de La Fédération des Enchanteurs sortiront en version papier?

Uii ! Dans l’idéal, on aimerait tenter un crowdfunding pour Bienvenue au Mordret’s Pub (tome 1 et 2) et envoyer Les résistants à un éditeur (comme ça, on aura à peu près fait le tour des possibilités d’édition actuelles pour un auteur). Bien sûr, nous continuerons à publier toutes nos histoires numériquement et librement et qui sait, d’autres projets (papier ou autre) naîtront peut être !

***

Un énorme merci aux filles pour avoir pris le temps de répondre à mes questions. Elles se sont donné du mal – ahah -. Bonne continuation à vous deux ! J’espère que vous atteindrez tous vos objectifs ! 

Prenez soin de vous.

5 thoughts on “Entretien avec Cestdoncvrai, auteur de Melody huit ans, deux vampires et l’Apocalypse

      1. Il s’agit d’une romance entre une jeune humaine et un être surnaturel, tous deux étant menacés par une Sorcière très puissante. L’histoire se passe au cœur de la forêt de Brocéliande. Pas évident d’expliquer un livre en peu de mots mais n’hésite pas à visiter mon blog de temps en temps. Je suis en pleine démarche commerciale pour me faire connaître avant de publier. Je donnerai plus d’informations au cours des prochaines semaines 🙂

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